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SIMON DESROCHERS
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17 octobre 2023

Gravir les chemins de la liberté

Soutenu par la SMLH 65, l’un des séjours français célébrant le soixantième anniversaire du traité de l’Élysée, « L’escalade de la paix », organisé par la Maison de l’Europe des Pyrénées pour le Conseil de l’Europe, l’Union nationale du sport scolaire et l’office franco-allemand pour la jeunesse, se déroulait fin mai entre Tarbes et vallées pyrénéennes. La Cohorte était présente.


Il est trop tôt dans la saison, en cette fin mai en vallée d’Aure, au-dessus de Saint-Lary, pour monter avec les troupeaux vers les Granges du Moudang, l’une des zones traditionnelles d’estive de cette vallée pyrénéenne.

En ce petit matin humide et brumeux, un groupe de plusieurs dizaines de randonneurs a pourtant commencé à gravir la pente raide de ce chemin traditionnel qui mène, depuis le pont sur la Neste d’Aure au «port» ou «col», dans les Pyrénées du Moudang, passage séculaire vers l’Espagne. Il y a notamment là 22 élèves français des collèges Desaix à Tarbes et Beaulieu à Saint-Laurent-de-Neste et 22 élèves des collèges allemands de Landau et Würsburg, ainsi que leurs professeurs, et participent à l’une des activités proposées dans le cadre de « L’Escalade de la Paix », pour célébrer le soixantième anniversaire du traité de l’Élysée entre les Républiques française et allemande, à l’origine de nombreuses initiatives de rapprochement entre les deux peuples, à commencer par celles concernant les jeunes.

Le lendemain, nos collégiens ont ainsi rendez-vous à Tarbes pour une compétition d’escalade, prélude à la cérémonie commémorative de l’anniversaire du traité, où les attendent représentants des organisateurs de ce séjour, La Maison de l’Europe des Pyrénées, l’Union nationale du sport scolaire et l’Office franco-allemand pour la jeunesse, mais aussi les représentants des collectivités partenaires, du monde combattant et patriotique, et de la Société des membres de la Légion d’honneur. Dans quelques semaines, début juillet, ce sera au tour des collégiens de Tarbes et Saint-Laurent-de-Neste de se rendre en Allemagne, en Bavière, mais en commençant par Berlin, afin de visiter, entre activités sportives et lieux de mémoire, le stade olympique de 1936 et le Bundestag.

Sur le mur d’escalade de l’Arsenal

Dans l’immédiat, ils ont pour guide Jeannie Cames, sociétaire de la SMLH 65, qui a travaillé sur les tracés des chemins de la Liberté dans les Hautes-Pyrénées, itinéraires d’évasion pour tous ceux, combattants ou non-combattants, qui, entre 1940 et 1944, cherchaient à échapper l’Europe occupée par l’Allemagne nazie.

Ce matin, ce groupe marche ainsi sur les pas d’Henri Cazaux, qui passera en 1943 en Espagne pour rejoindre l’Afrique du Nord et le combat aux côtés des Alliés. Un peu plus tard dans la matinée, le groupe se recueillera devant la « stèle des évadés de France », ceux qui « traversèrent les Pyrénées pour rejoindre les Alliés et participer à la libération de la France ».

Mercredi, après la descente matinale en VTT du Tourmalet, mythique col de l’une des épreuves reine du cyclisme international, le Tour de France, les arrières-petits-enfants des ennemis d’hier se mesurent devant le mur d’escalade de l’Arsenal de Tarbes, reconversion pacifique d’un outil industriel né de la guerre franco-prussienne de 1870- 1871, et qui se retrouva à participer alternativement à l’effort de guerre national au début de la Seconde Guerre mondiale, puis de celui de l’Occupant (non sans une forte résistance), dans une Europe allemande. Quel endroit plus symbolique que ce lieu d’histoire et de mémoire pour balayer soixante ans d’histoire d’une Europe qui a fait de la réconciliation entre « ennemis d’hier » la matrice d’une Union résolument tournée vers la paix entre les nations qui la constituent ?

C’est ainsi qu’après la compétition sportive, et la remise de récompenses aux vainqueurs, en présence de Romain Pagnoux, quadruple champion du monde handisport et escalade (lui-même petit-fils de Résistant), les collégiens de France et d’Allemagne pouvaient découvrir une exposition sur la construction européenne, avant le témoignage de Josette Durrieu, sénatrice honoraire et présidente de La Maison de l’Europe des Pyrénées, et animatrice de la labellisation auprès du Conseil de l’Europe des itinéraires des « évadés de France », ou Itinéraires Liberté Pyrénées (lire plus avant).

La visite de Chuck Yeager

La sénatrice honoraire, tout juste âgée de 7 ans en 1944, confia notamment à ces collégiens la peur éprouvée pour la vie de ses parents, Paul et Marie Dufaza, lors de leur arrestation, en mai 1944, suite à une dénonciation. Les époux Dufaza avaient en effet choisi, dès 1942, d’aider les aviateurs anglais, canadiens, américains, français... abattus ou s’évadant de camps de prisonniers à regagner le camp allié via l’Espagne. Ils avaient intégré le réseau d’évasion de l’Intelligence Service, dit « Buckmaster », du nom de son officier commandant. Paul fut déporté à Dachau, et en revint. Marie, internée à Toulouse, échappera par miracle à la déportation et rentrera à la maison... Josette Durrieu aura longtemps beaucoup de difficultés à parler de cette guerre qui aurait pu la rendre orpheline et la laissa dans l’inquiétude, de longs mois pour sa mère, d’une année pour son père. Au point qu’enseignante en histoire et géographie, ou dans ses missions d’élue, elle avait du mal à parler de la résistance... voire à écouter « Le Chant des partisans ».

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